retour à l'accueil
Accès rapide
recherche
retrecir le texte
agrandir le texte
  • Commémoration de la victoire du 8 mai 1945
  • André YUSTE, entouré d’Emeric Brehier, de Vincent Eble, Sénateur et Conseiller Départemental, de Paul Miguel, Président de la Communauté d’agglomération Paris - Vallée de la Marne et de nombreux élus, a célébré la commémoration du 72ème anniversaire de la victoire du mai 1945.

  • Consultez le discours du 8 mai 2017

    Monsieur le Député, Monsieur le Sénateur, Conseiller départemental
    Madame la Conseillère départementale
    Monsieur le Président de la Communauté d’Agglomération,
    Mesdames, Messieurs les adjoints au Maire et conseillers municipaux,
    Mesdames et Messieurs les représentants des services publics, des administrations et des corps constitués,
    Mesdames et Messieurs les représentants d’associations,

    Mesdames, Messieurs,
    Chères concitoyennes
    Chers concitoyens,

    En cette journée de commémoration du 8 mai, nous sommes au lendemain d’un scrutin historique qui aura vu la victoire des idéaux républicains face au mensonge démagogique qui tentait de se frayer un chemin vers le pouvoir.

    Malheureusement ce mensonge a porté, car la présence de la droite extrême au second tour de l’élection présidentielle doit être vue comme un certain échec de l’ensemble des forces républicaines et démocratiques.

    En ce 8 mai 2017, nous ne pouvons pas ignorer la menace de la division de notre pays. Le résultat du vote d’hier n’a pas effacé cette menace. Il l’a juste écartée, mais le danger est toujours là.
    En ce 8 mai, en tant que maire de Lognes, j’ai le sentiment de devoir porter devant vous le poids de mes responsabilités politiques.
    En ce 8 mai, il est nécessaire de se poser les vraies questions.

    J’ai eu l’occasion de le dire, voter pour la droite extrême, c’est laisser la peur gouverner nos comportements.

    La peur en politique à deux visages. L’un regarde au loin, vers les ennemis auquel la nation fait face. L’autre regarde en soi-même, vers les inégalités, qui fragilisent notre société. Il est toujours légitime de se battre pour réduire les inégalités. Mais c’est une duperie, une honte, et une infamie, que de vouloir s’appuyer sur ces inégalités pour essayer de diviser plus encore la société. C’est ce qu’a voulu faire la candidate parvenue au second tour. Ce Front extrémiste a tenté de faire se rejoindre les deux visages de la peur.

    L’ennemi au loin, c’était, et c’est encore pour eux, l’immigré.
    Et à l’intérieur de notre société, la droite extrême voulait donner à l’ennemi intérieur le visage de ce même immigré, le réfugié.

    Quel sens à notre présence ici si ce n’est, en souvenir du 8 mai 1945, d’affirmer que l’ennemi intérieur n’est pas fantasmé. En 1939, la tyrannie a submergé l’Europe et le monde, porté par les rêves délirants d’une nation qui se prétendait supérieure.

    Qu’est-ce que la tyrannie ? La tyrannie est l’intrusion d’un principe autoritaire dans un régime démocratique. La tyrannie vient de la subversion des principes démocratiques eux-mêmes, et de la subversion des pratiques du vivre ensemble.
    C’est au sein d’un système démocratique que la tyrannie peut s’enraciner. C’est pourquoi nous devons défendre la démocratie, la diversité, la liberté d’expression, la République.

    Nous avons la chance de vivre en démocratie. D’aucuns diraient que c’est un cliché de le dire, mais cela reste une vérité première, fondamentale.
    Que la France soit aussi un symbole de liberté, ce doit être une source vive d’inspiration pour tous ses habitants. Ce doit être aussi une source de conviction pour tous les élus de la République. Cette source vive a beaucoup d’origines. L’une d’entre elles, essentielles à mes yeux, c’est l’Histoire.
    Nous rendons hommage aujourd’hui aux millions d’hommes et de femmes qui ont donné leur vie, qui ont tout sacrifié pour que nous ayons cette chance.
    Nous devons être reconnaissants. Nous le sommes. Mais nous ne sommes pas dupes.
    La tyrannie, comme l’histoire l’a tant de fois vérifié, est un devenir possible du régime démocratique. C’est donc une menace réelle. L’objectif de cette journée de commémoration est bien de porter dignement l’héritage de nos aînés. La lutte contre la tyrannie est notre devoir de mémoire.

    On ne questionne l’histoire que depuis le présent. Nous savons aujourd’hui, nous ne pouvons pas ignorer que des divisions sociales gangrènent notre pays.

    Que nous apprend l’histoire, celle de l’Allemagne par exemple, de 1933 à 1939 ? Le repli individualiste pour résoudre à la division sociale au sein d’une nation, cela conduit à l’horreur suprême. Défendre les « Français de souche » comme dit l’extrême droite, contre l’étranger, nous savons où cela nous mène.

    Nous savons à l’inverse qu’il faut reconnaître la réalité des divisions sociales existantes au sein même de l’espace civique pour pouvoir construire, par des processus démocratiques, une société plus égalitaire, plus harmonieuse.
    Pour le dire autrement, il ne faut pas chercher à exclure du système social ceux qui seraient désignés comme les éléments perturbateurs. Il faut, au contraire, reconnaître nos divisions, et travailler à les résoudre en se donnant les moyens, humains, et de par la loi, de vivre ensemble. C’est cela la responsabilité citoyenne, de même que la responsabilité politique. Le vivre ensemble n’est pas conditionné à l’exclusion de ceux qui ne seraient pas d’accord avec nous.

    La République perd pied dès lors qu’elle ne se comprend plus comme un équilibre, pacifié, entre les différentes peurs qui peuvent la diviser.
    La République est l’espace des contradictions fertiles, l’espace de la diversité féconde, l’espace où les peurs se résolvent par le dialogue, la bienveillance, la tolérance.
    Comme je viens de le dire : l’histoire doit être une source d’inspiration pour nous tous. Cela veut dire qu’elle est un exemple. La plus grande qualité de l’exemple, ou du modèle, c’est qu’il est susceptible d’une reprise. Le modèle du fascisme, quoiqu’il ait changé de forme, est en train de reprendre des racines dans notre société. C’est un des constats que nous devons malheureusement faire à l’issue des élections présidentielles.

    Le modèle de la résistance à l’oppression, aussi bien illustré par la déclaration des droits de l’homme que par toutes les histoires singulières de ces hommes et ces femmes qui ont combattu la barbarie nazie, ce modèle-là est aussi susceptible de reprise.
    Il consiste, dans la vie de tous les jours, à agir contre l’injustice faite à autrui, comme si elle était faite à nous-mêmes.

    Pour tous les combats passés, les plus anciens comme les plus récents, et pour tous les combats à venir, notre présence aujourd’hui est importante.

    Souvenons-nous des combattants et des victimes de la seconde guerre mondiale.
    Souvenons-nous des millions de victimes, militaires et civiles, des familles, des femmes et des hommes qui ont payé le plus lourd des tributs.

    Rappelons-nous qu’à l’époque, elle était bien réelle cette haine à vomir, dirigée non pas contre l’immigré, mais contre les juifs, les tziganes, les homosexuels.

    C’était une haine obscure et confuse, qui c’est finalement cristallisée sur l’ennemi intérieur que la colère, la souffrance et la haine avait désigné comme origine de tous les maux.
    Souvenons-nous que cette haine aveugle et vile est un des moteurs les plus puissants des tragédies de l’histoire.
    Souvenons-nous que la guerre a fait 45 millions de morts, dont près de 15 millions ne sont pas morts sous la mitraille, mais de faim, ou de maladie.

    Rappelons-nous le courage de ceux qui ont tout quitté pour s’engager dans la résistance, sans avoir besoin de réfléchir plus longtemps. Il y a tant d’exemples de ces femmes de ces hommes, et même de ses enfants, qui ont pris tous les risques, pour faire vivre la France.

    Je voudrais citer ici le nom de Jean Cavaillès, très grand mathématicien et philosophe français, qui a marqué l’histoire de ces deux disciplines, et qui lorsque la guerre a éclaté a eu cette phrase : « Je suis spinoziste, je n’ai donc pas d’autre choix que de résister ». Il a ainsi tout sacrifié, au nom de l’éthique. Après avoir fait des ravages parmi les troupes d’occupation nazie, il a été arrêté en 1943, longuement torturé par la Gestapo. Il n’a jamais parlé.

    C’est un exemple édifiant de l’histoire. Il y en a eu tant d’autres… Je m’interromps un instant pour vous inviter à avoir une pensée particulière pour un lognot, Jean-Claude NAMONT, qui nous a quitté récemment. Ancien combattant, il était chaque année des nôtres à ce rassemblement de la mémoire. Qu’il repose en paix, lui qui a tant donné pour notre pays. Il était lui aussi un exemple pour les jeunes générations.

    Quant à l’exemple de Jean Cavaillès que j’évoquai précédemment, il présente à mes yeux cet intérêt de précisément nous parler de l’éthique.

    A titre personnel, je considère que l’éthique est un élément essentiel de l’action politique, comme de la vie de tous les jours. L’éthique ne se confond pas avec la morale, pas plus que la politique ne se confond avec le moralisme. Le moralisme en politique conduit au dogme, et le dogme c’est la porte ouverte aux idéologies exclusives. Sans éthique, la politique n’est qu’une gestion de l’ordre courant des choses, un simple processus de comptabilité, de gestionnaire. C’est important certes, mais ce n’est pas tout. C’est même peu car jamais un comptable n’a été capable de proposer quelque chose qui change la vie des gens.

    L’éthique, c’est une exigence de transformation de la vie, qui nous oblige à considérer que le lien entre les individus est aussi important que la satisfaction des seuls besoins individuels. Vivre ensemble n’est pas concilier la somme des exigences individuelles. Nous sommes plus que la somme de nos individualités ; nous sommes faits des liens que nous tissons, des rapports de collaboration qui nous font grandir.
    Que nous soyons capables de tisser des liens au-delà et par nos différences, c’est cela qui compte. C’est ainsi que l’éthique permet de concrétiser une vision politique de l’avenir.
    Durant la seconde guerre mondiale, comme Jean Cavaillès, ils ont été nombreux à mettre de l’éthique dans leurs actes et dans leurs décisions. Ils ont pris des décisions radicales, souvent terribles de conséquences, parce que l’histoire l’exigeait. Aujourd’hui, pour honorer leur mémoire, deux positions s’offrent à nous :
    soit nous attendons que l’histoire nous oblige à mettre de l’éthique dans nos vies.
    soit nous mettons sans attendre de l’éthique dans nos vies, pour concrétiser les promesses des temps à venir.

    Quant à moi je sais quelle position je choisis. C’est pour cela que je m’engage en politique. C’est pour cela que je suis Maire. C’est pour cela que j’agis en citoyen, et que je pense en républicain.
    Quand la politique, entendue comme l’affaire de tous, s’efface et se retire, c’est le racisme et la haine de l’autre qui occupent le terrain. Alimenter le débat identitaire, c’est faire prospérer la peur, une peur indéterminée qui se focalise sur l’autre, sur l’étranger, sur le bouc émissaire désigné à la vindicte populaire.

    Les résurgences actuelles du racisme et de la xénophobie signifient que la politique est en train de perdre du terrain.
    Alors, dans ces circonstances, les leçons de l’histoire sont pour nous une ressource.

    Je vous engage, chers amis, à bien regarder le monument aux morts qui se trouve devant nous. Je crois qu’en l’observant attentivement, nous pourrons comprendre que notre héritage peut se diviser ainsi :
    une part de combat pour la dignité des plus faibles,
    une part d’inventivité pour les générations à venir,
    enfin, une part d’éthique qui soit au cœur de nos décisions et de nos responsabilités.

    Ces trois parts : combat ou résistance, inventivité, éthique, lorsqu’elles sont réunies, réalisent ce qu’on appelle la fraternité humaine. Et c’est cela qui fait la grandeur de la France, et des Français.

    Vive Lognes,
    Vive la République,
    Vive la France.

imprimer l'article
|
envoyer cet article à un ami
|
flux rss
|
Partager
Mentions légales | Crédits | Plan du site | Contacts | La mairie recrute | Flux rss flux rss
Mairie de Lognes - 11, esplanade des Droits de l’Homme - 77315 Marne-la-Vallée cedex 2 - Téléphone : 01 60 06 88 88
Horaires d'ouverture : de 9h30 à 12h - de 13h30 à 18h du lundi au vendredi